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UN EXPRESSO AVEC JACQUES BOISVERT ET MEMPHRÉ
(26 avril 2002)
 

Richard Roy

Prêt pour une autre plongée. (Photo : www.memphre.com)Memphré, le serpent marin du lac Memphrémagog, est vivant et se porte bien - ou existe-t-il vraiment? Si quelqu'un le sait, c'est le dracontologiste Jacques Boisvert qui plonge dans le lac depuis 1980. Mais Boisvert, qui a enregistré sa 6 000e plongée en décembre 2001, doit encore trouver une preuve de l'existence de la créature.

"Tout le monde s'attend à ce que je les convainque que le monstre existe, mais je n'essaie jamais de persuader personne," déclare-t-il en se penchant pour siroter son expresso. "Au début, je riais de l'idée d'une telle créature et je m'en amuse encore. Je n'ai pas besoin de croire au serpent. Mon travail comme archiviste consiste à documenter toutes les observations et à promouvoir le lac."

Jacques Boisvert sait qu'un jour il a touché quelque chose qu'il croyait être une souche d'arbre alors qu'il nageait avec son fils. On a rapporté qu'il avait dit que, lorsque sa main avait frôlé la souche, celle-ci avait disparu en laissant un nuage trouble. "Je ne peux affirmer que c'était définitivement Memphré parce que je ne l'ai pas vu. Ça aurait pu être n'importe quoi ou ça aurait pu être sa queue."1

"Selon des légendes indiennes," rapporte monsieur Boisvert, "Memphré demeure dans un repaire au pied du mont Owl's Head ou près de l'île Skinner, à l'ouest de la pointe Magoon, à l'entrée de la baie Fitch. Les Indiens avaient peur de nager dans ce secteur et avaient averti les premiers défricheurs européens dans la région à propos d'Anaconda (nom de Memphré en abénaquis)." La première preuve documentée par un homme blanc, Ralph Merry IV, date de 1816; même s'il ne fut pas un témoin visuel, il a rapporté des observations d'autres gens qui l'en avaient informé. On trouve une note intéressante dans les journaux personnels de Merry, où il fait référence non pas à un serpent mais à plusieurs.

L'observation suivante, selon Jacques Boisvert, date de 1847, et fut rapportée dans le Stanstead Journal : "Je ne sais pas si c'est de notoriété publique que des étranges créatures telles des serpents de mer habitent le lac Memphrémagog." Puis en 1855, dans le Journal également où David Beebe, fondateur de Beebe, rapportait qu'un "animal étrange ressemblant à un serpent marin... existe dans le lac Memphrémagog."

Dévoilement de l'emblème, Place Memphré à Magog. Debout à gauche, Jacques Boisvert. (Photo : www.memphre.com )En 1986, Jacques Boisvert fonda la Société de dracontologie internationale du lac Memphrémagog, dont la mission vise à enquêter sur l'ensemble du phénomène. Dracontologie est un mot inventé pour lui par les moines bénédictins. Branche de la cryptozoologie, la dracontologie fait référence à l'étude des créatures non identifiées qui habitent les lacs. Le mot a été officialisé par l'Office de la langue française du Québec et par le American Heritage Dictionary.

Jusqu'en 2000, Jacques Boisvert a recueilli lui-même 50 affidavits d'observations par 124 personnes, ce qui en porte le grand total à 229. Il vient de créer un pictogramme représentant Memphré, qui est devenu l'emblème de la Société de dracontologie. On le voit affiché en différents endroits autour du lac, afin d'inciter les gens à garder l'œil ouvert et de rapporter toute observation.

"Memphré ne représente pas le seul objectif de ma carrière de plongeur," déclare Jacques Boisvert qui a également fondé la Société d'histoire Memphrémagog à Magog. Déposant sa tasse d'expresso sur la table, il se rappelle : "Au départ, je voulais raconter l'histoire du lac depuis son tout début. Trois semaines après avoir commencé, j'ai trouvé une ancre perdue par un bateau à vapeur environ cinquante ans auparavant. Après beaucoup de recherches, j'ai trouvé Gilbert "King" Woodard qui était chauffeur à bord de l'Anthémis; il l'a identifiée pour moi."

Son expresso terminé, M. Boisvert me laisse sur cette pensée : "Que vous croyiez aux serpents de mer ou pas, Memphré est connu à travers le monde et on vient de partout pour lui rendre visite." Puis, me laissant la facture, il se lève et disparaît sans me laisser la chance de lui dire au revoir!

Note :
1) Sonia Bolduc, Memphré : mythe et réalité, Université de Sherbrooke, 1997.



(Photos : www.memphre.com)

 

 

 

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