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Richard Roy
Memphré,
le serpent marin du lac Memphrémagog, est vivant et se porte
bien - ou existe-t-il vraiment? Si quelqu'un le sait, c'est le dracontologiste
Jacques Boisvert qui plonge dans le lac depuis 1980. Mais Boisvert,
qui a enregistré sa 6 000e plongée en décembre
2001, doit encore trouver une preuve de l'existence de la créature.
"Tout le
monde s'attend à ce que je les convainque que le monstre
existe, mais je n'essaie jamais de persuader personne," déclare-t-il
en se penchant pour siroter son expresso. "Au début,
je riais de l'idée d'une telle créature et je m'en
amuse encore. Je n'ai pas besoin de croire au serpent. Mon travail
comme archiviste consiste à documenter toutes les observations
et à promouvoir le lac."
Jacques Boisvert
sait qu'un jour il a touché quelque chose qu'il croyait être
une souche d'arbre alors qu'il nageait avec son fils. On a rapporté
qu'il avait dit que, lorsque sa main avait frôlé la
souche, celle-ci avait disparu en laissant un nuage trouble. "Je
ne peux affirmer que c'était définitivement Memphré
parce que je ne l'ai pas vu. Ça aurait pu être n'importe
quoi ou ça aurait pu être sa queue."1
"Selon
des légendes indiennes," rapporte monsieur Boisvert,
"Memphré demeure dans un repaire au pied du mont Owl's
Head ou près de l'île Skinner, à l'ouest de
la pointe Magoon, à l'entrée de la baie Fitch. Les
Indiens avaient peur de nager dans ce secteur et avaient averti
les premiers défricheurs européens dans la région
à propos d'Anaconda (nom de Memphré en abénaquis)."
La première preuve documentée par un homme blanc,
Ralph Merry IV, date de 1816; même s'il ne fut pas un témoin
visuel, il a rapporté des observations d'autres gens qui
l'en avaient informé. On trouve une note intéressante
dans les journaux personnels de Merry, où il fait référence
non pas à un serpent mais à plusieurs.
L'observation
suivante, selon Jacques Boisvert, date de 1847, et fut rapportée
dans le Stanstead Journal : "Je ne sais pas si c'est de notoriété
publique que des étranges créatures telles des serpents
de mer habitent le lac Memphrémagog." Puis en 1855,
dans le Journal également où David Beebe, fondateur
de Beebe, rapportait qu'un "animal étrange ressemblant
à un serpent marin... existe dans le lac Memphrémagog."
En
1986, Jacques Boisvert fonda la Société de dracontologie
internationale du lac Memphrémagog, dont la mission vise
à enquêter sur l'ensemble du phénomène.
Dracontologie est un mot inventé pour lui par les moines
bénédictins. Branche de la cryptozoologie, la dracontologie
fait référence à l'étude des créatures
non identifiées qui habitent les lacs. Le mot a été
officialisé par l'Office de la langue française du
Québec et par le American Heritage Dictionary.
Jusqu'en 2000,
Jacques Boisvert a recueilli lui-même 50 affidavits d'observations
par 124 personnes, ce qui en porte le grand total à 229.
Il vient de créer un pictogramme représentant Memphré,
qui est devenu l'emblème de la Société de dracontologie.
On le voit affiché en différents endroits autour du
lac, afin d'inciter les gens à garder l'il ouvert et
de rapporter toute observation.
"Memphré
ne représente pas le seul objectif de ma carrière
de plongeur," déclare Jacques Boisvert qui a également
fondé la Société d'histoire Memphrémagog
à Magog. Déposant sa tasse d'expresso sur la table,
il se rappelle : "Au départ, je voulais raconter l'histoire
du lac depuis son tout début. Trois semaines après
avoir commencé, j'ai trouvé une ancre perdue par un
bateau à vapeur environ cinquante ans auparavant. Après
beaucoup de recherches, j'ai trouvé Gilbert "King"
Woodard qui était chauffeur à bord de l'Anthémis;
il l'a identifiée pour moi."
Son expresso
terminé, M. Boisvert me laisse sur cette pensée :
"Que vous croyiez aux serpents de mer ou pas, Memphré
est connu à travers le monde et on vient de partout pour
lui rendre visite." Puis, me laissant la facture, il se lève
et disparaît sans me laisser la chance de lui dire au revoir!
Note
:
1) Sonia Bolduc, Memphré : mythe et réalité,
Université de Sherbrooke, 1997.
(Photos : www.memphre.com)
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