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Matthew Farfan
Samedi
dernier, Ruby Greer, résidente de Stanstead, a fêté
ses 100 ans! Pour marquer l'événement, l'église
unie Centenary avait organisé une journée portes ouvertes
avec Ruby comme invitée d'honneur. Une multitude de gens
s'y sont rendus, y compris le maire, Raymond Yates, qui a remis
une plaque souvenir à madame Greer au nom de la Municipalité,
sur laquelle est gravé : "Congratulations Ruby, we
are so proud to have you among us here in Stanstead, and we wish
you many more happy years to come! (Félicitations, Ruby,
nous sommes très fiers de vous compter parmi nous ici à
Stanstead. Nous vous souhaitons de nombreuses autres heureuses années!)"
Ruby Greer chez elle à la résidence
White House - Maison blanche.
(Photo : Matthew Farfan)
Ruby avait accepté
de me rencontrer en entrevue quelques jours avant la grande fête.
Il était dix heures; elle me fit entrer dans un joli petit
salon à la résidence La Maison blanche, résidence
pour personnes âgées sur la rue Dufferin à Stanstead.
Des cartes de souhaits se trouvaient partout. "Je vois que
vous avez reçu beaucoup de courrier dernièrement!
- Oui, me répondit-elle avec un large sourire, et j'attends
d'autres visiteurs encore à midi. Mais ne t'en fais pas,
nous avons le temps. - Dans ce cas, Ruby, nous allons commencer
tout de suite parce que j'ai plusieurs questions à vous poser
et cent ans est une longue période à couvrir!"
Voici quelques
extraits de notre conversation :
MF - Ruby, quand
et où êtes-vous née?
RG - Je suis née sur la ferme de mes parents le 2 août
1903, entre Waterloo et West Shefford, dans le comté de Shefford,
près de ce qu'on appelle aujourd'hui Bromont. Nous habitions
dans une petite ferme et nous en vivions : bétail, chevaux
et cultures. À ma naissance, je m'appelais Ruby Sparling
- un vrai nom irlandais. Mes parents se nommaient Harvey et Elizabeth.
J'ai eu deux surs, Mabel et Hazel.
MF - Votre famille
était-elle religieuse?
RG - Nous avons été élevées dans la
religion méthodiste. Mes surs et moi allions à
l'église et au et à l'école du dimanche toutes
les semaines, mais mes parents n'y allaient pas. Nous sommes devenues
amies du prêtre, peut-être parce que ma mère
pensait ainsi sauver nos âmes. (Petit rire)
MF - Quand avez-vous
quitté la maison familiale?
RG - Lorsque je suis allée étudier au Collège
Macdonald, après avoir terminé mon école secondaire
à Waterloo. Mais il s'est passé bien des choses pendant
ce temps-là -- beaucoup, oui.
MF - Que voulez-vous
dire?
RG - Voilà. Lorsque j'avais six ans, notre maison a brûlé
complètement. C'est arrivé en décembre. Ma
sur et moi étions en visite chez notre tante et oncle
à huit milles de là, dans un petit village appelé
Warden. Il n'y avait pas de téléphone à cette
époque, alors on ne pouvait pas communiquer. Mon oncle avait
l'habitude de se rendre au village pour bien se rincer la dalle
une ou deux fois par semaine. Il y rencontra mon père qui
cherchait du bois pour reconstruire la maison. Tu vois, nous ne
savions même pas que la maison avait passé au feu.
En fait, lorsque le feu s'est déclaré, mon père
était au mont Shefford en train de couper du bois. Ma mère
voulait envoyer ma sur dans la montagne pour avertir mon père
que la maison était en feu. Mais ma sur ne voulait
pas y aller; ma mère a dû utiliser une petite baguette
pour faire démarrer ses jambes.
MF - Et puis,
qu'est-ce qui est arrivé?
RG - Les gens étaient tous partis à l'église;
à leur retour, ils ont remarqué de la fumée
qui sortait du toit. Ils ont tous arrêté leur carriole
et chevaux pour aider ma mère. Ils lançaient par les
fenêtres les objets qui auraient dû être transportés
et transportaient ceux qui auraient pu être lancés.
Tout était cassé ou endommagé. Et le lendemain
matin apporta la pire tempête jamais vue. Les vêtements
étaient tout entortillés autour des poteaux de clôture.
Il tomba beaucoup de neige... beaucoup! Une des pires journées
d'hiver que tu puisses imaginer. Ce fut l'un de mes premiers mauvais
souvenirs.
MF - Ruby, quel
est votre souvenir le plus ancien?
RG - C'est lorsque je fus baptisée. J'avais cinq ans. Je
me rappelle que le prêtre est venu à la maison et qu'il
m'a prise dans ses bras.
MF - Quel fut
votre premier emploi?
RG - C'est lorsque je suis allée enseigner à Shawbridge.
J'enseignais à l'école primaire - tous les niveaux
jusqu'à la 7e année. Puis, je suis revenue à
Waterloo où j'ai enseigné en 8e année pendant
deux ans à la Waterloo High School. C'est alors que
j'ai commencé à fréquenter Bill Greer, un garçon
du coin. Ses parents voulaient que Bill devienne fermier mais il
n'en avait pas l'étoffe. Il s'est lancé dans les assurances.
Puis, nous nous sommes mariés, je pense que c'était
en 1925. À cette époque, je n'enseignais plus.
MF - Pourquoi
vous et Bill avez-vous déménagé à Stanstead?
RG - L'année après notre mariage, Bill fut envoyé
ici par sa compagnie d'assurances comme agent régional. C'était
en 1926. Nous avons emménagé d'abord dans un petit
appartement à Rock Island, puis nous sommes montés
à Stanstead.
MF -
Ruby, reculez un peu dans le temps. Vous souvenez-vous de l'époque
où seulement des chevaux et des bogheis circulaient dans
les rues?
RG - Oui, je me souviens très bien du temps où il
n'existait pas d'automobiles, seulement des chevaux. Je me rappelle
la première automobile à Waterloo. L'homme
possédait un magasin de musique. Musique, machines à
coudre et pianos, des objets du genre. Et il cherchait toujours
à faire des affaires. Il savait que ma mère pouvait
avoir besoin d'une nouvelle machine à coudre, alors il est
venu dans son automobile et nous a emmenés faire un tour.
Ce fut le moment le plus excitant de notre vie! Nous avions tous
mis un foulard sur nos têtes, des cache-poussière et
il nous a conduits sur la route pendant un mille. L'automobile était
décapotable. C'était en 1913 ou à peu près.
C'était la toute première automobile à Waterloo.
Cette automobile pourrait être celle dont parlait
Ruby. Cette
carte postale ancienne a été imprimée vers
1913.
(Photo : Collection Farfan)
MF - Vous
devez avoir vu apparaître toute une série de nouveautés
en cent ans. Quelles autres inventions vous ont le plus impressionnée?
RG - Je me rappelle le téléphone. Mon père
aimait essayer de nouvelles inventions; alors, lorsque le téléphone
devint populaire, nous en avons eu un. Nos voisins en avaient un
aussi, mais nous n'étions que six aux alentours de West Shefford
qui en possédaient un. Lorsque le téléphone
sonnait, tout le monde courrait au téléphone pour
avoir des nouvelles, peu importe si on connaissait les gens ou pas,
une vraie party line. Si on ne connaissait pas l'interlocuteur,
on ne faisait qu'écouter. On n'osait jamais parler contre
quelqu'un au cas où ils écouteraient. (Petit rire)
MF - Et la radio?
RG - J'étudiais au Collège Macdonald lorsque j'ai
entendu la radio pour la première fois. Un homme était
arrivé avec une radio et j'ai entendu une musique. Je ne
pouvais pas trouver d'où elle sortait, mais je n'ai pas voulu
le laisser paraître.
MF - Et l'époque
de la Dépression? Vous souvenez-vous de la Grande Dépression
un peu?
RG - Oh oui! Mais ce n'était pas un sujet dont nous parlions.
Mon mari a perdu son emploi dans l'assurance. Il est allé
à la compagnie Butterfield à Rock Island pour trouver
du travail et il en a trouvé un parce qu'il avait la double
citoyenneté. Il était né aux États-Unis,
alors il pouvait travailler des deux côtés du plancher
de la manufacture - au Canada et aux États-Unis. C'était
dans les années 1932 ou 1933. Bill a travaillé à
la Butterfield pendant à peu près dix ans. Mais il
aurait tout aussi bien pu ne pas travailler parce qu'il gagnait
un salaire de crève-faim. Il ramenait 5,55 $ à la
maison par semaine. Ce fut une période terrible, la Dépression.
Beaucoup de personnes très pauvres sans argent. Nous n'avions
pas d'argent. Parfois, je ne pouvais même pas trouver cinq
sous pour acheter quelque chose. Beaucoup ont perdu leur maison.
MF - Quand avez-vous
recommencé à enseigner?
RG - Au début de la Dépression. Quelqu'un m'avait
dit qu'on avait besoin d'une maîtresse d'école suppléante
à l'ancienne école modèle qui était
affiliée au Stanstead College. J'y ai enseigné pendant
trois semaines. Peu après cette époque, nous sommes
allés vivre chez monsieur Daly, un monsieur âgé.
Nous avons déménagé chez monsieur Daly; j'aidais
à préparer les repas et mon mari aidait à prendre
soin de monsieur Daly. Nous n'avions pas à payer de loyer,
seulement à acheter de la nourriture pour mettre sur la table.
Nous sommes demeurés là pendant deux ans, ce qui était
un cadeau du ciel. Ce n'est qu'après le début de la
guerre que je suis retournée à l'enseignement à
temps plein. Tous les jeunes hommes avaient été licenciés
encore une fois, alors on avait besoin de maîtresses d'école.
J'ai enseigné de
1944, je pense, jusqu'à ma
retraite en 1967. Mais, avant que je prenne ma retraite, j'ai enseigné
pendant trois ans dans la nouvelle école de l'autre côté
de la rue, à Sunnyside.
MF- Vous devez
certainement connaître plusieurs bonnes histoires sur la vie
sur la frontière - la contrebande et autres?
RG - J'en connais mais je ne peux pas te les raconter. Je peux t'en
dire une par contre que mon gendre Harold m'a racontée. Il
m'a dit qu'une chose le dérangeait par rapport à la
frontière - sa belle-mère était une contrebandière.
Il parlait de moi. (Petit rire)
MF - Ruby, de
quoi êtes-vous la plus fière en 100 ans?
RG - Hum
Je crois que j'ai toujours travaillé très
fort
Mais, j'ai toujours trouvé qu'il fallait avoir
des moments loin du travail. J'ai toujours joué aussi! Lorsque
j'enseignais, je jouais au curling et au golf. C'était de
mon époque. Je pense que c'était important et ça
devrait être important que les gens aient du temps libre pour
eux-mêmes
J'ai aussi beaucoup travaillé pour
la ville. Je ne crois pas que beaucoup le sachent. Les gens oublient
facilement tout ce que vous avez accompli
J'ai aidé,
Lady Banting et moi, à embellir la ville. Il y avait des
arbres qui tombaient, des maisons en décrépitude.
Nous allions à toutes les réunions du conseil municipal
tant à Stanstead qu'à Rock Island. C'était
en 1967, année du Centenaire du Canada; personne d'autre
ne voulait rien faire. Alors, nous avons décidé de
nous en occuper.
MF - Quel est
votre passe-temps favori dans vos vieux jours?
RG - Parler avec les gens. J'aime ça.
MF
- Quelle sorte de ligne directrice essayez-vous de conserver dans
votre vie?
RG - Je crois qu'on doit persévérer. On ne doit pas
baisser les bras facilement; on doit continuer. L'attitude est très
importante, oui, très importante. Et d'être heureux
et d'essayer de rendre les autres heureux est très important
J'avais l'habitude de dire, après la mort de mon mari en
1974, - nous avons été mariés pendant quarante-neuf
ans - lorsqu'on est déprimé, on peut pleurer dans
sa chambre, mais lorsqu'on sort dans la rue, on a l'air enthousiaste
et heureux. N'est-ce pas? (Petit rire)
Le maire Raymond Yates remet une plaque souvenir
à Ruby Greer
en l'honneur de son 100e anniversaire. (Photo : Matthew Farfan)
MF - Ruby, vous rigolez tout le temps. Est-ce l'un des secrets de
votre longévité?
RG - Je crois que oui.
MF - Diriez-vous,
Ruby, que vous avez vécu une vie très heureuse?
RG - Je crois que oui, à tout bien considérer. Pendant
la Dépression, il fut des moments où la vie était
difficile, vraiment difficile - parce que j'ai eu mes enfants à
cette époque. Le manque d'argent était difficile à
vivre. La Dépression est l'un de mes pires souvenirs, mais
j'essaie de ne pas y penser.
MF - Ruby, combien
avez-vous eu d'enfants?
RG - Deux filles et deux garçons. J'ai perdu un de mes fils
lorsqu'il avait 62 ans. Mais j'ai vingt petits-enfants et vingt-quatre
arrière-petits-enfants.
MF - C'est assez
impressionnant, Ruby! De quoi rêvez-vous le plus pour le futur?
RG - Je vis une journée à la fois
J'anticipe
avec joie les visites de ma famille.
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