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Gérald Arbour
L'histoire du pont Drouin débute en 1886 lorsque le Conseil de ville de Compton demande des soumissions pour la construction d'un pont couvert devant remplacer un pont devenu dangereux, au même site, et qui avait été à l'origine de poursuites engagées contre la municipalité pour des incidents survenus à des usagers.
Six soumissionnaires font des propositions pour la construction du nouveau pont. À l'époque, on parlait du pont Spafford mais en 1989, la Commission de toponymie officialise le nom Drouin en l'honneur d'une famille qui en est à la 4 e génération d'occupation du sol dans le secteur. Le montant des soumissions varie de 930$ pour la plus basse, jusqu'à 1440$ pour la plus élevée. Bien que Daniel Saultry soit le plus bas soumissionnaire à 930$, le Conseil rogne encore quelques dollars pour proposer la somme de 908,50$ au constructeur. Le contrat inclus la construction du pont et des culées.
Pendant plus de 90 ans le pont couvert a permis une traversée régulière et sécuritaire de la rivière Coaticook pour les utilisateurs du chemin Drouin. Toutes ces années, il a également résisté aux caprices et sautes d'humeur de la dite rivière. À la fin des années 70, incapable de supporter davantage l'augmentation du flot de circulation, un pont de béton est construit en aval pour prendre le relais du vieux pont de bois. Sa mise en service date de 1980. Dès lors, le pont Drouin est désaffecté mais conservé à son lieu d'origine.
Le pont couvert Drouin en service dans les années 1950. (Photo : Collection Gérald Arbour, fonds Richard T. Donovan).
Les années passent sans que l'on ne lui porte guère d'attention. L'érosion, le creusage d'une tranchée de dérivation, la végétation envahissante, autant de facteurs qui minent l'intégrité de la structure. En décembre 1997, la municipalité de Compton-Station* juge dangereux le maintien du pont et, faute de budget pour son entretien, elle envisage de le démolir. Cette annonce mobilise des citoyens préoccupés par la sauvegarde des biens patrimoniaux du territoire. Une pétition circule et force le Conseil à décréter un moratoire pour son projet de démolition. Un mois après le dévoilement des intentions de la municipalité, un Comité de sauvegarde est mis en place et une campagne de financement dans le but de recueillir la somme de 100,000$ est lancée. Cette somme est de plus de la moitié inférieure au montant initial de 240,000$ estimé pour la réparation du pont. Ce montant avait eu une influence prépondérante dans la décision de la municipalité de se départir de son pont couvert. Pendant que la "résistance" s'organise, Dame nature donne des sueurs froides aux partisans de la conservation. En mars, la crue des eaux de la rivière Coaticook endommage sérieusement deux autres ponts du secteur dont le "faux" pont rouge menant au parc de la Gorge de Coaticook. Mais, comme un pied de nez fait aux mauvais augures, le pont Drouin a tenu le coup, une fois de plus. Quelques années plus tard (en 2002), l'incendie du pont couvert de Capelton, dans la même région, tend à donner raison aux partisans de la conservation des rares témoins de notre histoire.
Des assises bancales et un environnement perturbé menacent l'intégrité de la structure. (Photo : Collection Gérald Arbour, fonds Richard T. Donovan, 2000).
Depuis 1998, moment où le pont Drouin a été techniquement sauvé de la démolition, et aujourd'hui, beaucoup d'eau a coulé sous le pont couvert, mais le clapotis qui se fait entendre près des culées du pont n'a rien d'inquiétant. Le Comité de sauvegarde original qui a veillé à aplanir les difficultés et recueillir le financement a évolué et s'est transporté sur le terrain. Trois bénévoles travaillent au pont sur une base quasi régulière et 3 autres les rejoignent à l'occasion. Environ 50% du budget de 90,000$ a été utilisé pour empierrer les berges, refaire les culées et relever le pont de près d'un mètre. Par la même occasion, la cambrure négative du pont a été éliminée. Il reste beaucoup à faire, sans compter les imprévus, et le financement n'est pas complété. 118 ans plus tard, le montant requis pour la restauration du pont est de 100 fois supérieur à son coût de construction! Il est toujours possible de faire parvenir des dons au nom du Comité à l'adresse suivante ; 350 Chemin Drouin, Compton, JOB ILO (819) 837-3081. La ténacité et l'amour du patrimoine des bénévoles est même venue à bout de la résistance de farouches opposants à la conservation du pont. Des dons sont reçus d'entreprises qui ne croyaient pas au projet ou encore du bénévolat est effectué par des gens qui souhaitaient la démolition du pont.
Support temporaire construit à l'intérieur du pont afin de permettre le redressement de la structure. (Photo : Léo Bonin, 2004).
Le Comité de sauvegarde et ses bénévoles sont en voie de réaliser leur pari de redonner tout son lustre à ce pont couvert. Dans un tel cas, le pont Drouin sera l'un des plus intéressants et se distinguera dans la réserve de ponts couverts du Québec. Voici ses principales caractéristiques :
Ferme à poinçons multiples. Seulement trois ponts du genre subsistent au Québec et ils sont tous concentrés dans les Cantons de l'Est. C'est d'ailleurs dans cette région que ce type de pont a été construit en très grand nombre alors qu'ailleurs, d'autres fermes étaient plus populaires.
Lambris à baguette quelque peu modifié au fil des ans, entre autre au niveau du jet d'eau.
Forte pente du toit.
Reliquats de l'affichage qui a eu cours à l'intérieur du pont.
Lors d'une ballade dans le coin, il ne serait pas surprenant que vous rencontriez Jean Longpré ou André Desroches, avec quelques bénévoles, à l'œuvre aux abords du pont. N'hésitez pas à vous arrêter pour leur parler. Vous ferez la connaissance de gens dévoués à la conservation du patrimoine et qui ont à cœur la renaissance du pont Drouin.
* Depuis la fusion des municipalités, le pont Drouin est maintenant situé dans les limites de Compton.
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