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Matthew Farfan
LES
TROIS VILLAGES
Issue de l'union, en 1995, des anciens "Trois Villages"
de Stanstead-Plain, Rock Island et Beebe-Plain, la ville de Stanstead
s'avère l'une des villes historiques parmi les plus pittoresques
dans les Cantons-de-l'Est. Situé à la frontière
du Québec et du Vermont, le village a été fondé
dans les années 1790. La famille Taplin fut la première
à s'y établir en 1796. Les Taplin ressemblaient à
toutes ces autres familles de pionniers dans la région. Ils
arrivaient à Stanstead en provenance de la Nouvelle-Angleterre
à la recherche de bonnes terres devenues rares dans la nouvelle
république américaine.
Les
Taplin se retrouvèrent dans une contrée totalement
déserte. Cependant, ils ne demeurèrent pas seuls très
longtemps puisqu'ils furent suivis par d'autres familles. Les noms
de celles-ci se trouvent encore dans les toponymes et odonymes locaux
tels que Pierce, Lee, Beebe et autres.
Kilborn's Mills (Rock Island), 1836, par J. Bouchette.
Pendant un certain
temps, Stanstead demeura un coin perdu, un repère de contrebandiers.
Un poste de douanes y fut établi en 1821, le premier dans
les Cantons, ce qui améliora la situation. Toutefois, quelques
années plus tard, les officiers rapportaient encore que "Stanstead
est un village où la contrebande est répandue; la
population y est astucieuse et sans foi ni loi; elle se montre toujours
portée à aider les contrebandiers."
LA DILIGENCE
Quoi qu'il en soit, Stanstead s'est épanouie au 19e siècle.
Croissance et prospérité règnèrent.
Là où l'on ne voyait que forêt, on trouvait
de larges rues bordées de maisons et d'auberges élégantes
et de commerces prospères. Un des principaux avantages dont
profitait l'économie reposait sur la diligence qui reliait
les villes de Québec et de Montréal à Boston
et passait par Stanstead. Ainsi, tôt dans son histoire, le
village joua le rôle de plaque tournante dans les transports,
rôle qui, grâce à sa situation stratégique
sur la frontière et la proximité de l'autoroute 55,
persiste à ce jour.
RIVIÈRE
TOMIFOBIA
Autre avantage, la rivière Tomifobia qui serpente dans la
ville et dont les chutes grondantes constituent encore un site impressionnant.
La Tomifobia a donné naissance à certains des premiers
moulins à eau dans les Cantons. En 1803, le Colonel Charles
Kilborn construisit des moulins à grains et à scie
à Rock Island, arrondissement qui fait aujourd'hui partie
de la ville; pendant de nombreuses années, ce secteur fut
connu sous le nom de Kilborn's Mills.
Pont couvert et rivière Tomifobia. Rock Island,
v. 1906. (Photo : Collection Farfan)
La force du courant de la rivière a mû les premières
roues à eau en ville; elle a fourni, avec les années,
de l'énergie à un chapelet de manufactures partout
dans le village. Ces ateliers qui fabriquaient de tout - fouets,
salopettes et outils - ont transformé Rock Island en village
industriel important. Ce dernier a connu des moments d'essor majeurs
: le plein emploi régnait et les fortunes se bâtissaient.
Bâtie à cheval sur la frontière, la manufacture
Butterfield Tool existe encore aujourd'hui; à son apogée,
elle employait des centaines de travailleurs provenant des deux
côtés de la frontière.
CAPITALE
CANADIENNE DU GRANIT
Quand les gens pensent à Stanstead, ils évoquent parfois
seulement son granit local, le Gris de Stanstead. Cette pierre,
extraite à Beebe et aux environs, a commencé à
être exploitée sur une grande échelle seulement
à la fin des années 1800. Son extraction et sa transformation
ont connu une croissance constante et le granit, sur lequel la ville
a été bâtie, devint la pierre angulaire de l'économie
locale.
Pendant la Grande Dépression des années 1930, c'est
lui
qui a permis à la ville de survivre : ainsi, le plus gros
édifice dans l'Empire britannique, celui de la Sun Life à
Montréal, était en construction et fut érigé
entièrement avec le granit de Beebe! Aujourd'hui, le granit
et l'industrie connexe continuent à employer des centaines
de travailleurs. En fait, la ville est parfois nommée la
"Capitale du granit du Canada."
LE BOOM URBAIN
Il existe d'autres facteurs qui expliquent la prospérité
de Stanstead. Longtemps avant que l'honneur ne revienne à
Magog, Stanstead accueillait le siège du Conseil de comté.
On y a construit un séminaire en 1829; devenu depuis le Stanstead
College, une école privée réputée. Une
seconde école privée, le Collège des Ursulines,
établissement francophone, fut construit en 1881; il représente
également un pilier de la communauté. Le Bureau de
la publicité des droits (anciennement le Bureau d'enregistrement
du cadastre) s'y établit en 1839 et y demeure encore à
ce jour. Le Stanstead Journal dessert la communauté depuis
1845, ce qui lui vaut le titre de plus ancien journal hebdomadaire
dans la province de Québec. La Eastern Townships Bank, l'une
des premières banques dans les Cantons, a ouvert une succursale
à Stanstead en 1859. Grâce à la croissance du
commerce et de l'industrie, on vit aussi arriver le chemin de fer.
En 1870, le sifflet de la locomotive à vapeur signala l'arrivée
du Massawippi Valley Railway qui devint finalement le Quebec Central.
Rue Dufferin, v. 1910. (Photo : Collection Farfan)
Tout ceci se
déroulait il y a bien longtemps et les temps ont changé.
La diligence a désormais disparu. Il en est de même
du chemin de fer et de plusieurs manufactures. Cependant, de nombreux
témoins nous rappelent encore le passé coloré
de Stanstead et les signes de son avenir prometteur. Par exemple
le chemin de fer appartient peut-être au passé mais
les anciennes voies ferrées ont été transformées
en une piste cyclable qui sillonne à travers la ville.
L'incendie
dévastateur qui a anéanti le quartier nord de Dufferin
en 1915 a sans doute modifié l'aspect de ce secteur de la
ville, mais la plupart des maisons ont été rapidement
reconstruites, certaines encore plus splendides que celles les précédant.
L'industrie du granit fonctionne plus que jamais. Les rues Dufferin
et Principale à Beebe sont aussi belles qu'auparavant. Comme
par le passé, Rock Island demeure le centre commercial. Et
la frontière fait toujours partie intégrante de la
vie locale - ainsi qu'en témoigne le festival annuel Frontières
en fête (à droite).
Défilé
à Stanstead. (Photo : The Stanstead Journal)
Pour un coup d'oeil sur le patrimoine de Stanstead, cliquez
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