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Bertha Weston
Price
(traduit du livre Legends of Our Lakes and Rivers, 1937)
Le feu du Conseil
projetait des ombres étranges sur les arbres et les flots
reflétaient ses éclats. Le chef de la tribu Abénaquis,
grand et autoritaire, aux yeux étincelants mais de physionomie
calme et immuable, se tenait debout au milieu du cercle de feu.
S'adressant aux hommes de sa tribu, le chef parla ainsi : "Les
dés sont jetés. Nos ennemis, les Iroquois, ont réclamé
le droit sur la vallée du Saint-François pour leur
territoire de chasse. Nous savons que cette contrée est la
nôtre." Il avait étendu ses mains et pointait
vers le nord et le sud, vers l'est et l'ouest afin d'accentuer ses
paroles.
High-Brow (Front-Étroit),
chef des Iroquois, sauta sur ses pieds. "Mon frère,
Tall-Feather (Longue-Plume), a parlé. La course d'endurance
va avoir lieu. Celui qui gagne donnera à sa tribu la possession
des terres aujourd'hui contestées. Ma parole est donnée."
Les bandes ennemies
des Abénaquis et des Iroquois se rejoignirent à Skaswantegon
(signifiant, en langue indienne, Endroit où l'on fume), sur
la pointe de terre à la jonction des rivières Magog
et Saint-François dans les limites de la ville de Sherbrooke,
près du pont du Canadien National qui enjambe la rivière.
La possession
des terres de chasse dans la vallée du Saint-François,
riche et couverte de forêts, était contestée
depuis longtemps. Mais maintenant la décision était
prise : on allait régler la question. Deux guerriers furent
choisis, un de chaque tribu, afin de régler la dispute de
manière traditionnelle quoiqu'un peu spectaculaire. Les braves
s'avancèrent et se tinrent dans la clarté du feu,
attendant tranquillement les derniers ordres de leurs chefs respectifs.
La
tâche qui leur fut désignée consistait courir
autour du rocher qui se tenait seul, excepté pour un pin
qui s'y accrochait, jusqu'à ce que l'un des deux devienne
le vainqueur. Celui qui aurait le plus d'endurance réclamerait
le scalp de la victime et obtiendrait pour sa tribu la suprématie
sur la vallée. C'était une course vers la mort, mais
la vitesse et l'endurance représentaient pour eux une compétition
que le meilleur homme gagnerait.
Le pin solitaire. (Photo: Collection Farfan)
À l'aube
du jour, Tall-Feather, l'Abénaquis, et High-Brow, l'Iroquois,
accompagnés de leurs guerriers, descendirent au bord de la
rivière à une distance d'un peu plus d'un demi-mille
(0,8 km) du confluent des deux rivières. À cet endroit,
ils s'assemblèrent, chaque tribu faisant face à l'emplacement
d'où les guerriers attendaient l'ordre de commencer leur
course. Leurs corps, de profil sur le ciel maintenant éclairé
par le soleil du matin qui se levait au-dessus des montagnes de
Stoke, offraient une scène dramatique.
Tout à
coup, et sans brouhaha, deux formes, agiles et brunes, bondirent
de parmi leurs compagnons, s'élancèrent dans la rivière,
puis débutèrent leur course autour du rocher sur la
petite île. Silencieux et tendus, les Indiens regardaient
les adversaires. Ah, l'un était tombé! Mais déjà
il était déjà debout et courait. L'autre tombe...
et la course se poursuit jusqu'à ce que l'Iroquois trébuche,
se relève, se repose une seconde, puis roule dans les eaux
peu profondes. L'Abénaquis saisit sa victime, se procure
le scalp, puis se tient debout les bras croisés, les yeux
étincelants et l'allure triomphante, sous des cris de joie
et de désarroi entremêlés. Aucune parole n'est
prononcée par le vainqueur : nul besoin. Lui, comme tous
les Indiens, se tient coi au moment du triomphe autant qu'au moment
de la souffrance. Or, le guerrier a gagné pour sa tribu la
magnifique vallée de la rivière Saint-François!
Source : Bertha
Weston Price, Legends of Our Lakes and Rivers, Lennoxville,
1937, p. 17-19.
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