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Association
des Townshippers
La première industrie des Cantons-de-l'Est était reliée
à la fabrication de la potasse. On découvrit qu'en
Amérique du Nord, les cendres contenaient un plus grand pourcentage
de potasse pure que dans les régions de la Baltique, d'où
la demande constante et stable de ce produit. La potasse servait
à épurer le sable dans la fabrication du verre. Elle
était également utilisée dans certains procédés
chimiques, telle la solidification des couleurs sur le coton imprimé.
La
potasse était habituellement expédiée des Cantons-de-l'Est
vers Montréal dans de grands barils de 227 kg (500 lbs) valant
de 80 $ à 120 $ chacun. Il était plus facile de vendre
de la potasse que du blé ! Dans de nombreuses colonies, les
représentants des fabriques de potasse se déplaçaient
et achetaient les cendres que les agriculteurs avaient conservées.
"Lake Massawhippy" par W. H. Bartlett.
(Source : Canadian Scenery Illustrated)
Les colons de
la région profitaient ainsi d'une occasion unique de gagner
des sommes importantes tout en défrichant leur terre pour
l'agriculture. Le défrichage des terres leur posait des problèmes
importants car il était difficile de se débarrasser
des souches et des racines. L'une des façons les plus efficaces
de les faire disparaître consistait à les brûler.
Ensuite, les colons recueillaient soigneusement les cendres et les
déposaient dans une sorte de tamis et placé sur une
fosse ou une cuve. Ils versaient de l'eau chaude sur les cendres
qui s'écoulaient dans la fosse. On répétait
le processus jusqu'à ce que l'eau soit suffisamment concentrée
pour constituer de la charrée qui, réduite par chauffage,
formait un résidu de cendre brunâtre. C'était
la potasse ou sulfates bruts que les agriculteurs savaient pouvoir
troquer contre des articles nécessaires, voire de l'argent.
Placée
dans un four tout en la brassant, la potasse prenait une couleur
blanche et devenait de la perlasse ("pearlash") qui valait
beaucoup plus parce qu'on l'utilisait dans la fabrication de la
poterie, de la porcelaine et du savon. Ces opérations prenaient
beaucoup de temps et exigeaient une attention constante. Cependant,
tout le monde appréciait les fabriques de potasse et de perlasse.
Ces deux produits devaient être manipulés avec soin
et emballés dans des boîtes en bois ou des petits barils
pour le transport.
Dans les années
1820 et 1830, le commerce des cendres représentait l'un des
commerces les plus florissants au Canada et très lucratif.
Le transport de la potasse vers le marché de Montréal
constituait une opération de grande envergure, car les routes
laissaient à désirer, il n'existait pas de ponts et
il fallait traverser deux cours d'eau importants. Dans son ouvrage
intitulé "History of the Eastern Townships" (1869),
Mme. C. M. Day relate l'histoire de deux colons de Stukley-Sud,
qui avaient chacun accumulé deux barils de potasse :
"Ils décidèrent
de transporter les barils à Montréal pour les vendre.
Ils chargèrent les barils sur deux traîneaux tirés
par deux paires de bufs et entreprirent leur voyage. Le premier
obstacle qu'ils rencontrèrent fut la rivière Yamaska
à Granby où ils durent abandonner leurs traîneaux,
charger les barils sur le traversier et descendre six milles en
aval. Ils débarquèrent et engagèrent des charretiers
pour les emmener à Chambly où ils traversèrent
la rivière Richelieu. Les charretiers chargèrent leurs
chevaux et leurs traîneaux sur des chalands qui étaient
de grands bateaux plats en planches. Les équipages pouvaient
ainsi traverser sans avoir à dételer les animaux.
À Longueuil,
les colons et leur chargement traversèrent le Saint-Laurent
en " bateau " pour aller à Montréal. Les
bateaux utilisés pour traverser le Saint-Laurent étaient
différents des chalands du Richelieu en raison de la plus
grande profondeur et de la force du courant. Ces bateaux avaient
une longueur de vingt-cinq à trente pieds et une largeur
de sept à huit pieds au centre. Les chalands et les bateaux
se maniaient tous deux à l'aide de rames et de perches. Au
quai de Montréal, le chargement était emmené
par des charretiers au bureau d'inspection et, après examen,
était prêt à être vendu."
Malgré
les efforts et le coût du voyage, les conditions étaient
si favorables que les deux colons réalisèrent un profit
considérable en recevant chacun 100 $ pour leur chargement.
Au retour, ils rapportèrent des articles ménagers.
Après un voyage de dix-huit jours et une dépense de
20 $ chacun, les voyageurs étaient enfin revenus chez eux.
Même si 100 $ ne semblent pas une grosse somme, les prix étaient
bien plus bas à cette époque. Par exemple, une livre
de beurre coûtait vingt-huit cents !
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