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Matthew Farfan
À une certaine époque, les granges rondes étaient
dispersées partout dans la partie sud des Cantons-de-l'Est.
En fait, au Québec, elles étaient presque entièrement
confinées à notre région. Malheureusement,
il n'en reste qu'une poignée! Elles datent pour la plupart
du début du 20e siècle et constituent un aspect important
de notre patrimoine architectural.
La forme circulaire
singulière de la grange ronde est fondée sur une superstition
bien ancrée. Tout comme les signes en X que plusieurs fermiers
peignaient traditionnellement sur les portes de leur grange, les
granges rondes sont reliées au folklore populaire qui disait
qu'une grange ronde éloignait le diable. Les signes en X
étaient destinés à faire fuir le diable qui,
s'il entrait dans la grange, pouvait se cacher dans plusieurs coins
sombres et causer la discorde, mettre le feu dans le foin et autres
méchancetés semblables. Or, une grange ronde ne présentait
pas de coins où il pouvait se cacher!
D'autres
défenseurs des granges rondes soutenaient que le cercle est
la forme parfaite. En architecture, on croyait qu'une forme ronde
favorisait la santé, le bonheur et une meilleure motivation
au travail. Certaines de ces croyances, particulièrement
celle sur le diable qui se cachait dans les coins, peuvent être
venues des "Shakers", un groupe religieux qui érigea
la première grange ronde en Nouvelle-Angleterre dans les
années 1820.
Grange ronde près de Way's Mills (Photo: Matthew
Farfan)
Les granges rondes ainsi qu'une grande partie de notre architecture
résidentielle ancienne, les ponts couverts et même
les croyances et superstitions populaires ont été
importées de Nouvelle-Angleterre. Au Vermont, il existe environ
une douzaine de granges rondes encore debout.
Nonobstant le
folklore, les raisons de construire des granges rondes dans les
Cantons-de-l'Est se révélèrent d'ordre plutôt
pratique et étaient reliées à l'économie
et à l'efficacité. En effet, la forme circulaire offrait
une organisation dans la grange bien plus efficace pour le fermier.
Le bétail, gardé au niveau du sol, pouvait être
orienté vers le centre, ce qui facilitait l'alimentation
et le nettoyage. L'étage supérieur, comme dans les
granges rectangulaires, servait pour entreposer le fourrage et les
instruments aratoires. D'autres avantages n'étaient pas à
négliger. Les fenêtres tout autour du bâtiment
assuraient un apport constant de lumière pendant toute la
journée. De plus, on disait que la ventilation était
meilleure. La forme aérodynamique permettait aussi de minimiser
l'impact des vents violents. Enfin, une grange ronde n'était
pas plus difficile à construire qu'une grange traditionnelle
et demandait moins de bois pour sa structure.
Mais elle comportait
de sérieux inconvénients. La forme circulaire nécessitait
beaucoup plus de pièces de bois et des pièces plus courtes
pour les murs. Des plus importants, il était presque impossible
d'agrandir la grange en ajoutant d'autres bâtiments. Finalement,
les changements de technologies dans les fermes laitières du
20e siècle (améliorations de la tuyauterie, etc.) précipitèrent
la fin de la grange ronde dans les Cantons-de-l'Est. En effet, l'engouement
disparut aussi rapidement qu'il avait commencé.
Aujourd'hui,
il existe encore neuf granges rondes dans les Cantons-de-l'Est.
Toutes sont situées relativement près de la frontière
américaine. Leur plus grande concentration se retrouve dans
la MRC Coaticook -deux à proximité de Way's Mills,
une à Barnston et une construite en 1995 dans le parc de
la Gorge de Coaticook. Les autres se trouvent à Mansonville,
à Saint-Benoit-du-Lac (grange ronde et silo à foin
rond), à Brome-Ouest, une près de Dunham et une autre
tout à fait unique, à douze côtés, à
Mystic. Plusieurs de ces granges se trouvent dans un très
piètre état. Deux autres dans la MRC Coaticook se
sont effondrées il y a peu de temps. Si les granges rondes
dans les Cantons-de-l'Est veulent éviter l'extinction, elles
auront besoin de protection et de restauration immédiates.
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