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LA FORÊT DOMTAR ET L'îLE LONGUE (LAC MEMPHRÉMAGOG) PROTÉGÉES
(13 septembre 2004)
 

Gérard Leduc

Les médias nous annonçaient récemment que l’île Longue sur le lac Memphrémagog et la forêt Domtar, seront protégées pour les générations futures. Ces acquisitions de la section québécoise de Conservation de la Nature furent rendues possibles grâce à une aide financière de près de 3 millions de dollars du Gouvernement du Québec. Ce ne sont pas seulement des espaces verts avec leur faune et leur flore qui échapperont à l’envahissement domiciliaire ou autres perturbations mais de nombreux sites archéologiques qui pourront être étudiés et mis en valeur au profit de la collectivité.

L’île Longue

Dans le premier cas, l’île comprend une magnifique forêt de 27 acres composée, entre autres, de pins et de chênes. En plus de son intérêt écologique, l’île cédée par M. Robert L. Colby est le site d’une des nombreuses légendes amérindiennes qui ont tissé l’histoire du lac Memphrémagog. Elle fut d’abord rapportée par William Bullock (1938) dans Beautiful Waters et reprise par l’auteur de ce communiqué au bénéfice des journaux locaux en 2002. Cette légende raconte que la Pierre balancée située à la pointe sud de l’île fut apportée par les esprits du portail du Manitou pour consoler la tribu indienne de la mort de son Chef, suite à l’enlèvement de sa fiancée, la belle Winona, Esprit du Matin.

Les légendes sont la mémoire des peuples et même si, avec le temps, elles ont pu être enjolivées ou exagérées, elles ont très souvent un fond de vérité. De toute façon, la pierre en question est toujours là même si elle n’est plus balancée.

Au delà de la légende, il apparaît que, s’il y eut une pierre balancée, ce fut pour marquer un endroit important. De fait, j’ai découvert sur cette pointe de l’île une structure de pierre d’origine humaine qui semble être un repère géodésique d’un alignement virtuel, est-ouest, entre le sommet du mont Owl’s Head d’une part, et, d’autre part, un cairn (monticule de pierre) maintenant sous l’eau, près de la rive opposée, du coté est du lac. Il faut rappeler que le niveau du lac est aujourd’hui environ 4m plus haut qu’à l’origine, dû à la construction, en 1875, d’un barrage sur la rivière Magog dans la ville de ce nom. Le sommet de la montagne demeure encore aujourd’hui un repère géodésique de la Commission géologique du Canada.

Cette île a pris une importance très particulière pour les Amérindiens et fait partie de leur mythologie. Il est donc possible que son sol renferme d’autres vestiges archéologiques amérindiens ou associés à ces antiques arpenteurs qui ont marqué l’endroit de façon si remarquable. D’où la nécessité de protéger le site.

La forêt Domtar

La nouvelle de la protection de la forêt Domtar fait chaud au cœur des amants de la nature qui, depuis des années, ont plaidé la cause de ce territoire de 10,000 acres de forêt (8,000 dans Potton et 2,000 dans Sutton) pour les générations futures. On doit ici reconnaître l’intervention de plusieurs organismes qui ont milité en faveur de ce projet, nommément, la Fiducie foncière de la Vallée Ruiter, Parc Sutton et le Corridor appalachien.

En 1998 - 99, suite à la mémorable tempête de verglas qui a touché les sommets des monts Sutton, plusieurs groupes de citoyens se sont élevés contre les coupes à blanc de Domtar sur le mont Singer, coupes permises par la Municipalité du Canton de Potton. « Une exploitation légale mais dévastatrice » titrait un article du Devoir le 7 juin, 1999 que j’ai signé avec des membres du Conseil d’administration de l’Association du patrimoine de Potton. inc. Nous avons aussi publié plusieurs autres articles sur le sujet dans les journaux locaux et c’est avec une grande satisfaction que l’on a appris que ce territoire sera protégé de même que de nombreux sites archéologiques que j’ai relevés au cours des années.

Mentionnons d’abord que le lac de l’Étang Fullerton, d’un peu plus d’un kilomètre de long par environ 250m de largeur, fait partie du territoire protégé. Ce lac, situé à la tête des eaux du ruisseau Ruiter Brook, fut créé par un barrage en maçonnerie de pierre mesurant 175m de longueur et 1m de large au sommet. De plus, le bassin du lac fut creusé ( 4-5m) et un remblai de terre fut monté sur toute la longueur du barrage pour le rendre étanche. Selon un fonctionnaire du Ministère des Ressources Naturelles du Québec, ce genre de barrage serait du jamais vu quoique les barrages de l’ancien moulin de Mansonville (1803) et celui de l’ancien hôtel Mountain House soient analogues.

On dit que l’aménagement de l’Étang Fullerton incluant son barrage fut exécuté en 1911 par Sheldon Boright, ancien maître de mathématiques et maire de Mansonville. Il était propriétaire du territoire mais on peut douter qu’il en fut le maître d’oeuvre, un joyau d’ingénierie qui a demandé des investissements et des ressources qui dépassaient celles disponibles à l’époque présumée de cette construction. Ajoutons qu’une étude préliminaire par des paléoécologistes de l’Université de Montréal suggèrent que le bassin du lac Fullerton a connu trois étapes dans son histoire : le lac actuel (1911), un marécage et puis un lac de barrage précédent, mais de date inconnue très ancienne. Il peut paraître très surprenant de suggérer que l’Étang Fullerton fut aménagé longtemps avant l’arrivée des premiers colons du canton de Potton mais il faut envisager cette hypothèse.

Si Boright n’a pas construit le barrage du lac Fullerton, mais l’a simplement réutilisé en 1911, qui l’aurait construit? Peut-être ceux qui ont laissé d’autres mystérieux vestiges dans les bois entourant le lac : entre autres, deux petites structures semblables à des dolmens, soit une pierre plate reposant sur trois blocs et abritant un quartz. Quoique de beaucoup plus grandes dimensions, les dolmen sont nombreux dans l’ouest de l’Europe et il est très surprenant d’en retrouver deux petits ici. Dans le voisinage, on peut aussi voir les ruines de deux fours en pierre et de très vieilles fondations de pierre. Et que dire des nombreux monticules de terre qui suggèrent des sépultures anciennes, peut-être de ceux qui ont travaillé à cette vaste entreprise.

Sauf pour des coupes de bois et la construction de chemins de halage, ce territoire est demeuré à peu près intact au cours des années et reflète les vestiges abandonnés dans un passé très lointain.

Quand les professionnels de l’histoire, de l’anthropologie et de l’archéologie auront dépassé la barrière psychologique qui les empêche de voir une nouvelle dimension de notre préhistoire, leurs yeux s’ouvriront et ils verront tous ces vestiges laissés par des civilisations anciennes qui ont précédé la période coloniale connue des 17, 18 et 19 ième siècles. Alors, on réalisera des découvertes archéologiques spectaculaires qui révolutionneront nos connaissances et notre humanisme, mitigeant ainsi nos concepts ethnocentriques qui nous portent à penser et à agir comme si nous étions la CIVILISATION qui a tout créé et tout inventé! Il y en a eu d’autres avant nous!

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