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Richard Roy
MAGASIN GÉNÉRAL
"Tout le monde se rendait au magasin général
pour apprendre les nouvelles," rappelle en souriant France
Provencher, directrice du Site historique national du Canada Louis-S.-St-Laurent,
tout en me faisant entrer dans le magasin. "C'était
un endroit où les hommes du village se rencontraient, mais
non les femmes qui, elles, devaient rester à la maison avec
les enfants." À cet instant, le téléphone
sonne et madame Provencher y repond tout en me tendant un dépliant.
En le parcourant des yeux, une phrase capte mon imagination : "Remontez
dans le temps! Franchissez la porte d'un authentique magasin général.
Laissez-vous imprégner par l'atmosphère qui y régnait
jadis."
En entrant dans
le magasin, près du poêle à bois, je deviens
une ombre, un voyageur dans le temps. Je peux presque m'imaginer
une soirée en hiver et entendre les conversations des gens...
C'était une nuit froide et neigeuse en décembre à
Compton. Le vent soufflait et secouait les vitres dans leurs carreaux.
Quatre hommes étaient assis, blottis autour du poêle
à bois ventru dans le magasin général de Moïse
St-Laurent et discutaient des affaires du village. "Je vous
le dis, c'est comme ça que c'est arrivé," affirmait
Jean-Baptiste Moïse, le père du Premier ministre Louis
St-Laurent et médiateur désigné entre les communautés
francophones et anglophones dans Compton. Ainsi, devait-il parler
avec ses compagnons en s'avançant sur sa chaise berçante
pour ajouter une bûche sur le feu avant qu'il ne s'éteigne...
Puis mes propres
souvenirs firent surface, des souvenirs oubliés depuis longtemps
et qui datent de l'époque où, enfant, j'accompagnais
mon grand-père au magasin général à
Saint-Donat dans les Laurentides.- "Bonjour, Alphonse!,"
disait grand-père en entrant. "Et comment se porte votre
bourgeoise?" - "Bien, bien, merci, Rosaire!," répondait
Alphonse. Puis, en se tournant vers moi. -"Et toi, jeune homme,
prends une canne en bonbon pendant que ton
grand-père et moi parlons affaires." Et le troc commençait
entre mon grand-père et le commerçant pendant que
je me régalais de ma canne en bonbon. - "Bon, voyons
voir," disait Alphonse tout en additionnant la facture de grand-père.
"Thé, café et une boîte de pêches...
et... et... ah oui!, une canne en bonbon." Puis, grand-père
payait et nous sortions du magasin. Je l'entends encore ronchonner
: "Toutes les fois, il te dit de prendre une canne en bonbon
et toutes les fois il finit par l'ajouter sur ma facture!"
Ça ne me dérangeait pas vraiment parce qu'en fin de
compte, j'avais toujours ma canne en bonbon!
L'ancien magasin général St-Laurent
durant ses beaux jours.
(Photo : Site historique national du Canada Louis St-Laurent)
Dans le magasin
général de Moïse, les tablettes étaient
remplies, tout comme celles à Saint-Donat, avec des fruits
en conserves, des boîtes de céréales, du thé,
du café et des médicaments. "Puisqu'on ne tenait
pas d'inventaire, nous avons dû entreprendre beaucoup de recherches,"
me confie France Provencher. "Nous avons pu trouver des étiquettes
de produits qui se vendaient dans les années 1910, du temps
où Moïse était propriétaire du magasin.
Nous avons fait reproduire ces originaux et les avons collés
sur des boîtes en étain et en carton."
LE PREMIER
MINISTRE DE COMPTON
Provencher me mena dans ce qui était à l'origine un
entrepôt, en arrière du comptoir principal du magasin,
transformé aujourd'hui en salle multimédia fascinante
où l'on peut s'informer sur la vie de Louis S. St-Laurent.
Vous pouvez suivre le cours de sa vie sur les murs de la pièce
ou visionner une vidéo sur sa vie dans le milieu du droit
et de la politique. St-Laurent naquit à Compton en 1882 et
est le seul Premier ministre canadien né dans les Cantons-de-l'Est.
Il fut reçu au barreau en 1905. Même s'il n'a jamais
manifesté le désir d'entrer en politique, en 1941
il accepta de devenir membre du parlement pour Québec-Est.
Il devint Secrétaire d'État aux Affaires étrangères
trois ans plus tard. Il fut choisi Premier ministre en 1948 afin
de succéder à Mackenzie King. En qualité de
Premier ministre, St-Laurent joua un rôle-clé dans
la mise en place de missions de paix canadiennes sous les auspices
de l'OTAN. Il envoya des troupes en Corée en 1950 et au Canal
de Suez en 1956. Il est resté en poste jusqu'en 1957. Louis
St-Laurent est décédé en 1973, à l'âge
de 91 ans; il est enterré à Compton, près de
sa maison d'enfance.
Vous pouvez
visiter la maison où Louis St-Laurent a grandi. Elle est
contiguë au magasin général de son père
Moïse. Profitez d'une visite commentée bilingue, pièce
par pièce et découvrez plus de 2 500 objets et meubles
authentiques. Puis, entrez dans L'Armoire de Lora, boutique remplie
de souvenirs et de délices locaux. Pour tout renseignement,
joindre le Site historique national du Canada Louis-S.-St-Laurent,
6790, route Louis-S.-St-Laurent, Compton (Québec) J0B 1L0.
Tél. : (819) 835-5448 ou (800) 463-6769.
Courriel : france_provencher@pch.gc.ca
Pour d'autres
informations, cliquez
ici.
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